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samedi 5 avril 2014

What’s next for Zarzouna?



Constitué d’anciens vergers voisins de la Medina de Bizerte, dont il était séparé par un cours d’eau qui a été transformé sous le Protectorat français dès 1889 en un canal, Zarzouna a vu son destin basculer lorsque les bombardements de des Alliés ont rasé près de soixante dix pourcent de la ville de Bizerte pour en déloger les troupes allemandes en mai 1943.

Dès la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les autorités françaises avaient concentré l’effort de la reconstruction sur la création d’une nouvelle cité ouvrière sur l’autre rive du canal, à Zarzouna.

La direction de la mission fut confiée à l’architecte Bernard Zehrfuss qui, en 1939, avait reçu le prestigieux Premier Grand Prix de Rome, concours visant à récompenser les meilleurs œuvres architecturales de l'année en cours, organisé par l’Institut de France qui a remplacé l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture qui a crée ce prix en 1663.
A ses côtés, ont travaillé Jean le Couteur, Jacques Marmey et Jason Kyriacopoulos, grands architectes de la reconstruction dont les œuvres malheureusement souvent méconnus par le public, meublent les rues de Tunis, Sfax, Bizerte, Sousse et Nabeul... 

Cette équipe traça une ville nouvelle d’une manière dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle était fort ambitieuse. Des parcelles de près d’un millier de mètres carrés de surface pour des logements individuels, un marché entouré de grands espaces libres et des équipements publics dont seules une école et une installation sportive ont été réalisées. Les croquis de l’église, de l’hôpital, du lycée et des immeubles d’habitations projetés témoignent du statut auquel on préparait Zarzouna, qui devait à terme voler la vedette à Bizerte, déjà prise en otage par la la difficulté du franchissement du canal.

Deux questions nous importent aujourd’hui à nous autres tunisiens : Qu’avons-nous fait et que prévoyons-nous de faire de cette cité ? Ou plutôt des habitants de cette cité ? C’est en effet d’eux que nous nous soucions en évoquant l’urbanisme. Si Zarzouna traine aujourd’hui cette réputation de quartier difficile, c’est essentiellement dû à l’acte politique que fut notre urbanisme.

C’est par retenue que je parlerai ici de mauvais choix, pour ne pas parler de crimes. Sinon comment nommerait-on l’implantation dans les années soixante au cœur de cette cité d’une raffinerie de pétrole dont la vetustité est dénoncée par tout expert dont l’avis est sollicité ?

Comment nommerait-on l’encerclement de cette bombe à retardement qu’est la raffinerie d’une ceinture de lotissement d’habitations dense par les agences foncière de l’Etat ?

Comment nommerait-on la conception de quartiers d’habitation où les gens s’entassent dans des maisons d’à peine huit mètres de façade et donnant sur des ruelles de six mètres de largeurs ?

Comment nommerait-on l’exposition de près de quarante milles personnes à une mort immédiate en cas de déflagration et à une mort lente dûe aux émanations quotidiennes et toxiques des produits chimiques?


Comment nommerait-on la privation de cette population de toute installation culturelle ?

Oui ! Pendant trente années de « construction de l’Etat de l’indépendance », pendant vingt trois années du « changement béni », pendant trois années de la « révolution de la dignité », aucune salle de cinéma, aucune salle de théâtre, aucune maison de la culture, aucune maison de la jeunesse n’a vu le jour à Zarzouna ! Qu’attendez-vous des habitants de cette cité ? Et qu’attendent-ils des décideurs ?

 Zarzouna est ce rêve inachevé d’un architecte qui dessinait et traçait un lieu de vie pour des êtres humains. Zarzouna est aussi ce cauchemar causé par la nonchalance de nos gouvernants. Le bilan est certes accablant mais les opportunités de taille se présentent aujourd’hui à nous pour redessiner, ré imaginer et surtout HUMANISER les espaces urbains de Zarzouna.

En effet, deux anciens nouveaux projets pourraient changer radicalement le cadre de vie dans cette cité.

Le premier est le démantèlement de cette raffinerie qui devrait être délocalisée vers la Skhira. Une réserve foncière de quelques dizaines d’hectares se libérerait au profit de la ville qui pourrait les utiliser pour décongestionner les quartiers les plus denses et pour implanter des équipements publics utiles pour l’épanouissement de l’être humain.

Le second est le nouveau moyen de franchissement du canal. En effet, la future liaison avec l’autoroute A4 contournera Zarzouna et permettra à l’ancienne voie, qui relie cette autoroute au pont mobile, d’avoir un caractère plus urbain donc moins agressif et rendra le front maritime (le port et la plage d’Errimel) plus accessible aux piétons. 

Nous ne pouvons dissocier politique et urbanisme. L’interaction est permanente. Nos villes témoignent des choix qu’ont fait ceux qui nous ont gouverné jusqu’à présent. Le soulèvement qu’a connu notre pays, surtout dans les quartiers que nous appelons « populaires » il y a trois ans résulte entre autres de l’échec de nos politiques d’urbanisme.



Vue du plan d'aménagement de Zarzouna 1943 - 1947 



mercredi 26 mars 2014

Pour un moratoire sur les démolitions à Bijouville.





Quartier bourgeois édifié dans les années trente du siècle passé, le quartier de Bijouville est  aussi appelé Beb Mateur vu qu’il est l’aboutissement Sud Ouest de l’avenue Habib Bourguiba de Bizerte menant vers Mateur.

Une Campagne d’identification menée en novembre 2012 par des étudiants de l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis et  de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille, dans le cadre d’une coopération décentralisée entre la ville de Bizerte et la Communauté Urbaine de Dunkerque, a permis de mettre l’accent sur une haute valeur patrimoniale à travers la signalisation de plus d’une cinquantaine d’édifices remarquables pour leurs architectures, et d’organisations urbaine et paysagère fort remarquables. 

En effet, ce quartier constitue un ensemble urbain, architectural et paysager riche et constitue l’un des éléments principaux de la valeur patrimoniale, culturelle et historique de la ville de Bizerte.

Néanmoins, deux facteurs mettent en péril ce potentiel :

-         La pénurie des terrains constructibles au centre ville de Bizerte (dû à plusieurs facteurs sur lesquels on s’étalera prochainement) pousse les promoteurs immobiliers à investir ce quartier dont la dynamique économique est fort séductrice. De plus, la zone d’extension de la ville de Bizerte (GP 11) est dépourvue des infrastructures nécessaires pour attirer ces promoteurs et ainsi créer de nouveaux pôles dans la ville.  Ces zones d’extension sont aussi malheureusement infestées par des constructions anarchiques qui rendront difficile toute organisation rationnelle future.
-         Le règlement d’urbanisme en vigueur, caractérisé par le Plan d’Aménagement Urbain (PAU) de la ville de Bizerte approuvé le 31 juillet 2009, n’offre aucune protection à ce site et autorise même la démolition pure et simple de ces édifices.  Pire, ce règlement autorise les promoteurs à remplacer ces bâtiments dont les gabarits ne dépassement pas les huit mètres d’hauteur (Rez-de-chaussée et un étage) par des immeubles de vingt cinq mètre de hauteur (Rez-de-chaussée et six étages) à certains endroits.

Une action urgente de la part du Ministère de la Culture est nécessaire. Un moratoire sur les démolitions dans ce quartier en attendant d’entamer une procédure de classement et une révision du PAU régissant la construction de la ville.

Il est tout à fait naturel à une ville de s’étendre et de se développer, et les visées sur ce quartier sont compréhensibles vu la rentabilité qu’il assure. Et il ne s’agit pas ici de s’opposer à ce développement mais à son encadrement et à la protection du potentiel patrimonial du site pour qu’il puisse continuer à attirer les investisseurs et à rentabiliser.
Dénaturer le site et le travestir tueront son authenticité, seule garante de son potentiel.

Ce qui est demandé à nos prometteurs n’est pas de construire beaucoup pour rentabiliser leurs investissements, mais plutôt  de mieux construire, d’assurer la valeur ajoutée à travers la qualité. Il s’agit de mieux construire pour gagner plus. D’autres villes dans le monde sont confrontées au même dilemme. Des quartiers de Beyrouth datant du XIXème siècle, et qui ont survécu à la guerre civile libanaise, attirent grâce à leur authenticité et à leur richesse patrimoniale des investisseurs du monde entier. Mais hélas, qui cherchent à rentabiliser avec avidité leurs investissements. On cède à la dictature des chiffres et du capital. On modifie les lois d’urbanisme pour satisfaire les promoteurs. On fait fi de l’héritage qui, rappelons le, est à l’origine de l’attraction de ces investissements ! On autorise la démolition de ces constructions témoins de la richesse historique des lieux. Des immeubles parfois d’une quinzaine d’étages prennent alors place dans des parcelles jadis dédiées à des villas. Le résultat est un rapport ciel/terre déséquilibré, des sensations d’écrasements imposées aux riverains et des expressions architecturales en totale rupture avec les lieux. La rentabilité immédiate et importante y est certes, mais qu’en est-il de sa pérennité ? Ces jungles de verres et de béton, anonymes et froides sauront elles attirer à leur tour des investisseurs dans le futur ? N’est ce pas aussi cela le développement durable ?!

Des parties de ce site nous sont parvenues intactes malgré les terribles bombardements alliés de la deuxième guerre mondiale, Survivront-elles à l’avidité de ceux dont la seule priorité est l’enrichissement personnel et immédiate?